Cette réflexion se situe au cœur des grands débats de gouvernance qui agitent le football africain moderne. Loin d’être “juste” subjective, elle touche à un problème structurel majeur : le conflit d’intérêts latent et le manque d’autonomie opérationnelle des ligues, sous l’angle du droit du sport et des modèles de réussite actuels.
1. La séparation Ligue / Fédération : le modèle de l’autonomie
La Ligue doit être l’émanation exclusive des clubs
Dans le système actuel de nombreux pays, la Ligue est souvent une structure “sous tutelle” de la Fédération (FSF), ce qui dilue le pouvoir des clubs professionnels, alors qu’ils sont les principaux investisseurs et acteurs économiques du football.
Une séparation nette permettrait à la Ligue de se concentrer uniquement sur la dimension commerciale, le marketing et l’organisation des championnats professionnels (Ligue 1, Ligue 2).
Si la Ligue est gérée et élue uniquement par les présidents de clubs (selon le principe “un club, une voix” ou une pondération par division), le président de la Ligue devient le véritable syndic des clubs, responsable devant eux et non devant une instance fédérale.
2. Une FSF recentrée sur l’intérêt national et régalien
En modifiant le collège électoral pour y inclure l’État, le Comité national olympique et sportif sénégalais (CNOSS) et des personnes ressources, la réforme pourrait être très intéressante dans le contexte actuel. Elle permettrait de casser le système de “cooptation” ou le clientélisme des ligues régionales et des petits clubs amateurs qui bloquent parfois les réformes de fond.
Cependant, il y a un défi juridique à anticiper : les statuts de la FIFA.
La FIFA est extrêmement stricte sur le principe de l’indépendance des associations nationales et refuse catégoriquement ce qu’elle qualifie d’« ingérence politique ». Si l’État ou le Comité olympique disposent d’un droit de vote direct trop prépondérant dans l’élection, le football national s’expose à des sanctions (suspension).
La solution alternative
Intégrer ces acteurs (État, experts, anciennes gloires, arbitres, éducateurs), non pas comme des décideurs politiques directs, mais comme des membres de plein droit d’une Assemblée générale élargie et rééquilibrée. L’objectif est que les clubs amateurs ne soient plus le seul réservoir de voix qui fait ou défait les présidents de fédération.
3. Le benchmarking : Maroc, Afrique du Sud, RDC
Les exemples pour illustrer les différentes voies possibles
Le Maroc (FRMF) : c’est sans doute le modèle le plus abouti en Afrique actuellement. La Ligue nationale de football professionnel (LNFP) et la Ligue nationale du football amateur (LNFA) disposent de statuts d’autonomie clairs. De plus, la fédération marocaine a su créer une synergie parfaite avec l’État (via des contrats d’objectifs et le financement des infrastructures) sans que cela ne soit perçu comme une ingérence par la FIFA. La FRMF fonctionne comme une véritable multinationale du sport.
L’Afrique du Sud (SAFA / PSL) : la Premier Soccer League (PSL) est totalement autonome financièrement et administrativement de la SAFA. Elle génère ses propres droits TV, signe ses propres contrats de sponsoring et reverse même une partie de ses bénéfices à la fédération. C’est le modèle commercial par excellence : la ligue appartient aux clubs, la fédération gère les sélections nationales et le football de masse.
4. La création d’une “Administration du football”
L’idée de dissocier le pouvoir politique (les élus, le Conseil d’administration) de la gestion opérationnelle (une direction générale composée de techniciens, de managers sportifs et d’experts financiers) est la clé de la modernisation.
Actuellement, les élus fédéraux gèrent souvent le quotidien opérationnel, ce qui favorise le copinage et le manque de professionnalisme. Une véritable direction exécutive, avec des profils recrutés sur des critères de compétence (un CEO, un directeur marketing, un directeur des compétitions), mettrait fin aux “textes taillés sur mesure” en imposant des règles de gouvernance transparentes et auditables.
En somme, cette proposition pose les jalons d’une refondation institutionnelle.
Pour que le football local franchisse un cap à la hauteur du talent de ses joueurs, il doit passer d’une gestion associative “à l’ancienne” à un modèle d’entreprise du spectacle sportif performant et transparent.
Mamadou Kassé, journaliste

