Il a débarqué place Washington avec une réputation qui le précède. Nouveau patron du ministère de la Justice, Me Moussa Sarr n’est pas un inconnu pour les habitués des prétoires sénégalais. Avocat d’affaires aguerri, pénaliste craint, figure incontournable des procès médiatiques qui ont défrayé la chronique ces dernières années, le Garde des Sceaux capitalise sur plus d’un quart de siècle de barreau. Un parcours d’avocat passionné, combatif, parfois polémique, mais rarement anodin.
Associé chez Mame Adama Guèye et Associés, Me Sarr y a gravi tous les échelons, du stagiaire à l’associé. Il s’est imposé comme une pointure dans des domaines aussi variés que l’immobilier, la finance, le droit pénal des affaires, les contrats commerciaux ou les partenariats public-privé. Juriste polyvalent, il transmet aussi son savoir à l’université, enseignant le droit des affaires dans plusieurs établissements supérieurs dakarois, après avoir présidé l’Association des Jeunes Avocats du Sénégal (AJAS).
C’est devant les caméras et dans les dossiers brûlants que Me Sarr a conquis sa stature nationale. On se souvient de sa défense acharnée de l’imam Alioune Badara Ndao, poursuivi pour terrorisme avant d’être blanchi. Une affaire où l’avocat s’est illustré autant à la barre que dans les médias, dénonçant des « procès médiatiques » et étrillant les accusations visant son client. Sa carte de visite professionnelle compte aussi d’autres dossiers sensibles : l’affaire Khalifa Sall, le bras de fer entre Yavuz Selim et l’État sénégalais, ou encore les recours ayant permis à l’US Ouakam de retrouver l’élite du football national après une sanction disciplinaire sévère. Titulaire d’un certificat en droit du sport, il a également plaidé devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), notamment lors du recours marocain contre le sacre continental du Sénégal.
Dans les couloirs des palais de justice, Me Sarr cultive l’image d’un homme de convictions. « Être avocat est un engagement citoyen », martèle-t-il. Celui qui dit avoir plaidé gratuitement plusieurs dossiers emblématiques, par loyauté à des causes ou à des liens humains, revendique ses origines modestes. Fils de Gamboul, dans la région de Kaolack, il se dit particulièrement sensible au sort des « petits et des oubliés », au point que ses proches l’ont surnommé « le réparateur d’injustices ».
Éloquent, rigoureux, réputé infatigable, Me Sarr n’a jamais masqué ses ambitions pour la justice de son pays. Ancien membre du Conseil de l’Ordre des avocats, il milite depuis des années pour une refonte en profondeur du système judiciaire : meilleurs moyens pour les juges, toilettage des textes vétustes, et surtout création d’un juge des libertés et de la détention pour briser, selon ses termes, « l’omnipotence du parquet ».
Son arrivée au gouvernement ne doit rien au hasard. Parmi les dossiers qui ont marqué sa carrière récente, il y a celui de Bassirou Diomaye Faye, emprisonné puis devenu quelques mois plus tard président du Sénégal. Cette proximité professionnelle se mue aujourd’hui en symbole de continuité au sommet de l’État. À la barre du ministère de la Justice, Me Moussa Sarr hérite d’une mission explosive, au cœur des attentes populaires : indépendance des juges, libertés publiques, réformes judiciaires. Pour cet avocat rompu aux joutes judiciaires et médiatiques, le défi change radicalement d’ampleur. Il ne s’agit plus de défendre des causes devant les tribunaux, mais d’incarner l’autorité judiciaire de tout un pays.
EL IBRAHIMA FAYE

